FSM : Deux forums, deux styles, mêmes enjeux |
Porto Alegre — La coalition britannique Stop the War a appelé hier, lors du Forum social mondial (FSM) de Porto Alegre, dans le sud du Brésil, à une « mobilisation mondiale » le 20 mars pour marquer le second anniversaire de l’intervention américaine en Irak.
« La situation actuelle est plus grave que celle des années 70, pendant la guerre du Vietnam, car le Moyen-Orient est bien plus stratégique que l’Asie du Sud-Est », a expliqué le porte-parole de Stop the War, Chris Nineham.
« Depuis la réélection de George W. Bush, certains ont le sentiment d’une démobilisation contre la guerre. Il faut montrer que c’est faux et organiser de grandes manifestations le 20 mars », a-t-il ajouté.
« Les grands rassemblements qui avaient lieu dans le monde entier pendant la guerre du Vietnam avaient eu beaucoup d’impact », a fait valoir M. Nineham.
La coalition Stop the War, créée le 21 septembre 2001, regroupe, selon son site Internet, plusieurs dizaines d’organisations pacifistes du monde entier.
La veille, plus de 1000 organisations non gouvernementales avaient lancé, en marge du Forum social et en présence du président brésilien Lula, un « appel mondial à l’action contre la pauvreté » demandant aux citoyens de la planète de se mobiliser pour faire respecter les Objectifs du millénaire.
« Nous, citoyens, devons pousser les gouvernants, les organisations multilatérales et les entreprises à assumer leurs responsabilités pour éradiquer le fléau honteux de la pauvreté », a indiqué Candido Grzybowski, l’un des organisateurs du Forum social mondial et responsable de l’organisation brésilienne Ibase.
L’appel propose « la justice dans les relations commerciales [notamment les négociations au sein de l’OMC], l’annulation de la dette, une véritable augmentation du volume des aides officielles au développement et des politiques publiques nationales pour éliminer la pauvreté qui soient démocratiques, transparentes et contrôlées par les citoyens ».
La campagne consiste à demander à tout le monde de porter au poignet un ruban blanc (voir le site www.whiteband.org) en signe d’adhésion, par exemple lors des manifestations en marge du prochain sommet du G8 en Grande-Bretagne, lors de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre et avant les négociations multilatérales de l’OMC en décembre à Hongkong.
L’appel sera popularisé par des messages publicitaires où s’expriment des personnalités comme les chanteurs Bono et Lenny Kravitz, l’ex-président américain Bill Clinton ou le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan.
L’initiative de l’appel mondial, totalement inédite dans l’enceinte des forums sociaux mondiaux, est venue d’organismes d’aide au développement de tous les continents, comme Oxfam, Caritas ou One World Africa, ainsi que de nombreuses organisations syndicales.
« La campagne mondiale a une vision et un profil qui me permettent d’adhérer en tant que président du Brésil et leader d’un pays émergent qui a été capable de mettre au premier plan des préoccupations mondia-les autre chose que la guerre et la lutte contre le terrorisme », a lancé le président Luiz Inacio Lula da Silva depuis la tribune.
Devant 15 000 personnes, dont un gros contingent de militants de son Parti des travailleurs, le président brésilien s’est félicité que, « pour la première fois, le Forum prenne la responsabilité de faire d’un thème comme la pauvreté un sujet prioritaire. Il n’y a pas de doute qu’un autre monde est possible », a-t-il lancé, reprenant la devise du FSM qui se tient jusqu’à lundi.
De retour de l’Inde, où il a constaté les ravages des raz-de-marée, John Samuel, du Groupe consultatif d’assistance aux pauvres (CGAP), a dénoncé « un tsunami silencieux en Afrique, au Congo, au Rwanda » et en Asie, où « des millions d’enfants meurent de faim ».
Pourquoi lancer l’appel en 2005 ? « À cause des promesses non tenues » jusqu’à présent, a-t-il fait valoir.
Les Objectifs du millénaire, sur lesquels s’étaient engagés en 2000 tous les pays devant les Nations unies, prévoyaient entre autres la réduction de moitié de la pauvreté en 2015. Une évaluation est prévue lors de la prochaine Assemblée générale de l’ONU.
Guy Ryder, de la Confédération internationale des syndicats libres (ICFTU), a jugé « fondamentale » la responsabilité de son mouvement de s’associer à une telle campagne « pour en finir avec la misère et créer un monde juste » alors qu’il y a 185 millions de sans-emploi dans le monde et qu’un enfant sur six travaille au lieu d’aller à l’école.